Hier matin j’étais invitée à une projection de documentaire en avant première, ça se passait chez France télévision et cela traitait des dérives de la télé réalité. Étant plutôt friande de sujets de société, je me suis portée volontaire. Je m’attendais à un truc assez gentil sur la peopolisation de la société et de l’influence du petit écran sur nos comportements.

Et bien je l’ai eu dans l’os : s’il s’agit bien d’un documentaire sur l’influence de la télé il fut surtout question de l’autorité et de la caution morale de la télévision. Je suis sortie de là soufflée et ravie de voir ce niveau de documentaire programmé en prime time sur une chaine publique. Les enquêtes poussées et sérieuses me semblaient jusqu’à présent encore réservées à des chaines câblées ou à ARTE.

Le documentaire se fait en deux parties. La première relate une expérience de psychologie appliquée sous la forme d’un jeu de télévision. Plus exactement c’est l’expérience de Milgram transformée pour être adapté au contexte télévisuel. Une très bonne expérience sociologique ancrée sur un horrible scénario de jeu télé.

Le pitch :

Et si la mort en direct devenait un divertissement ? les dérives de la télé-réalité sont graves.Violences, tortures, humiliations dominent les programme dans le monde entier. La télévision détient elle un pouvoir spécial ? Dans les années 60, une expérience psychosociale prouvait que 62% des individus administraient des choc électriques extrême en obéissant aux ordres d’un scientifique. L’équipe de Christophe Nick a transposé cette expérience à l’univers des jeux télé. 80 français, un jeu aux règles abjectes. Vont ils se soumettre aux ordres de Tania Young qui exige qu’ils infligent des chocs électriques à un inconnu. Qui va se soumettre ? Combien oseront désobéir ? Une expérience extrême et une réflexion profonde sur le rôle de la télé d’aujourd’hui.

La présentation vidéo :

Je n’ai malheureusement pas pu rester pour la seconde partie du reportage et du débat. Mais pour la peine j’ai hâte de voir le documentaire en entier. Car le programme est exemplaire. On présente le projet, on montre quelques résultats puis on procède à l’analyse des faits avant de donner des avis expliquant les résultats hallucinants qu’ont obtenu les scientifiques. C’est rigoureux et pourtant pas soporifique. Il y a certes quelques longueurs mais qui sont nécessaires à rendre ce qu’ont vécu les faux-candidats.

La synthèse est d’autant plus « violente » que l’expérience démontre que la télé dépasse désormais l’emprise qu’avaient autrefois la religion ou l’autorité fasciste lorsqu’elle choisit d’utiliser son autorité. Un objet qui n’existait pas il y a 50 ans a assis une domination morale et sociale dont n’aurait jamais rêvé un dictateur.

Puisque les français regardent en moyenne le petit écran 3h30 par jour (et ce depuis l’âge de 5 ans), leur société s’est pétrie des valeurs télévisuelles qui ont pris un virage extrême avec l’apparition de la télé réalité. Car, là où régnait avant la démonstration et l’information, ont pris place des émissions qui démontrent qu’il faut vaincre, voire humilier l’adversaire si on souhaite gagner. Des valeurs morales qui ne passeraient pas hors du contexte « émission » mais qui sont rendues légitimes par un simple plateau de jeu télévisé !

Il faut se rendre compte que dans cette fausse-émission, 50% des cobaye ont obéit sans jamais contester, bien qu’ils s’agisse d’électrocuter quelqu’un ! Et la parole de fin, exprimée par Jean Léon Beauvois (chercheur en psychologie sociale), fait elle même office d’électrochoc :

« 80% des gens normaux se sont comportés en tortionnaire, ce qui reflète un pouvoir acquis par les télé qui est terrifiant. Avant il y avait la masse des fidèles, des travailleurs ou des soldats. Maintenant il y a la masse des téléspectateurs parce qu’ils ont été pétris par les mêmes talkshows et que cette influence est un totalitarisme. »

(Ce n’est pas la citation exacte mais presque, je l’ai notée dans le noir ;-))

7 réponses à “Dieu, le totalitarisme, la télé et moi.”
  1. LaNe dit :

    Merci pour ce retour !!
    Ca devait être super intéressant… suis déçue d’avoir loupé ça 🙁

    Le docu devrait être programmé en Mars, donc on lira peut être la suite sur ton blog ?

    • Mlle Gima dit :

      @LaNe:
      Tu sais que, pour une fois, j’ai vraiment regretter qu’il n’y ai pas de DVD distribué pour revoir le docu à la maison.
      J’espère juste disposer d’une télé pour voir l’émission lorsqu’elle sera programmée. 😉

  2. Alice dit :

    As-tu lu « Acide sulfurique » de Nothomb? C’est une excellente analyse des jeux de télé-réalité.

  3. Donio dit :

    Sinon si vous aimez les histoires de puissance de la télé vous pouvez lire l’excellent « Jack Baron et l’Eternité » de Norman Spinrad. Le roman date un peu, mais c’est un pilier du roman de science-fiction qui traite du rapport média argent en terme de relations de pouvoir.

  4. hermanye dit :

    Ca fait froid dans le dos. C’est sûr, je regarderai ce documentaire. Je pense même que je l’enregistrerai. Etant enseignante, j’imagine que certains passages pourront être présentés à des collégiens pour une réflexion sur ce sujet. Quand je les entends parler de la télé-réalité, j’entends l’impact qu’elle a sur eux. Parfois, ça me fait peur. En tout cas, merci d’en avoir parlé. Ainsi, je serai attentive aux programmes TV et ne vais pas le manquer.

  5. jean louis dit :

    Le débat qui a suivi a été nul, en comparaison du problème. Il faudrait d’autres émissions pour mettre en évidence que nous sommes tous, à un moment ou à un autre, des expérimentateurs zélés et soumis. C’est le cas dès que l’on remplit une fonction officielle quelconque qui nous donne le droit de ne pas tenir compte du point de vue de l’autre au moment de lui causer un préjudice.
    Depuis le patron ou dirigeant qui vire ses employés, jusqu’au parent qui brime son enfant simplement par peur du qu’en-dira-t-on en passant par le professeur qui humilie un élève qui a sorti une bourde, ou par le policier….les occasions sont nombreuses où pour être conforme à une image ou assurer son avenir, on fait de l’autre un objet privé de droits.
    La question est donc : l’autorité, la légitimité de l’idée auxquels on se soumet.

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